Exposition "UNFOLD ANEMIA" | Emma Passera - pal project
Merci de pivoter votre appareil en mode portrait
08.09.23 - 04.10.23
EMMA PASSERA/UNFOLD ANEMIA
Du 08 septembre 2023 au 04 octobre 2023, pal project présente “UNFOLD ANEMIA”, la première exposition individuelle de Emma Passera en galerie. Née en 1997, Emma Passera est diplômée avec les félicitations du jury de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris et de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris. Elle est lauréate en 2021 du Prix du Cabinet Weil. Son travail a récemment été présenté à la Galerie Fitzpatrick (Paris); au Confort Moderne à Poitiers ou à la Galerie Badr El Jundi à Madrid. Elle a également pris part à différents projets curatoriaux à la Volonté 93 (Saint-Ouen), à Exo Exo (Paris), au Palais des Beaux-Arts de Paris, et au FRAC Corse.

Pour sa première exposition personnelle, Emma Passera assemble et confronte les éléments qui constituent les scènes de sa topographie quotidienne, et forge un regard nuancé sur des notions antagonistes qui cohabitent, non sans violence, en chacun.e de nous.

Par la juxtaposition de plaques de verre, de métaux ouvrés et d’éclats de miroir rompus, l’artiste esquisse un jeu complexe, sensible, de lumière et de transparence qui enrobe d’autant de douceur que de préciosité des artefacts récupérés, nous renvoyant finalement à l’altération et au rejet. Sous-tendues par une impulsion évidente de réparation, les œuvres de l’exposition « Unfold Anemia » reflètent fondamentalement un conflit interne entre existence et extinction.

Emma Passera examine son corps dans une temporalité post-traumatique, permettant une exploration sémantique et transversale de son conditionnement, tout en suscitant une contemplation des archétypes esthétiques qui le gouvernent.



Pour « U cannot kill the poet » (2022), l’artiste s’empare d’une paire de talons de Pole Dance et la propulse sur un plafond de verre, provoquant son point de rupture. La chronologie d’un événement violent semble suspendue, laissant le corps éther bloqué, conjuré de ne pas agir au risque de basculer dans le néant.

Dans cette installation l’artiste agence pour nous la possibilité d’un passage dans une dimension métaphysique. L’espace qui subsiste entre les plateaux de verre créer une extension de la matière en faisant dialoguer les écarts. Appréhender la pratique d’Emma Passera requiert d’accueillir l’indicible et l’invisible.

Le ruissellement de lumières envoutantes qui émane de cet îlot contraste avec ses bords coupants. Emma Passera s’adonne à la « pratique des contraires », nous incitant à contempler la beauté contenu dans le danger et la force dans l’instabilité. La dichotomie esquisse une réflexion plus générale sur les points d’ancrage d’une résilience.



À l’issue d'une période d'anémies consécutives provoquées par une endométriose, l’artiste engendre une série de bas-reliefs à grande échelle nommée « Unfold Anemia » (2023), donnant aussi son nom à cette exposition. Inspirées par les processus de métamorphose, Emma Passera rappelle dans ces pièces la déliquescence du corps par celle du métal.

L’artiste qui est engagée à travailler à partir de ce qu’elle récupère, opère dans ce contexte la réutilisation d'aluminium provenant d’une casse automobile située à proximité de la fonderie Emile Godard. En faisant œuvres à partir de carcasses défectueuses, Emma Passera insuffle à son acte une résonance métaphorique; à l'instar du thriller "Crash" de David Cronenberg, dans lequel l'accident se révèle être « un événement plus fécond que destructeur » (au détour d'un désir de chair et de pulsions morbides).



Matérialisant des dessins préliminaires cathartiques par la fonte de ces rebuts, elle s’investit dans une production physiquement imposante qui stimule sa guérison. Rendus solides, les cadres à grande échelle portraiturent ses propres organes. Les lignes organiques et offensives des motifs de la série apparaissent comme l’illustration d’un dynamisme biologique où se confondent élan vital et décrépitude. Le lyrisme de ces dentelles métalliques témoigne d’un échange fondamental entre le physique et l’émotionnel, dans une approche holistique du corps.



Fonctionnant comme des radiographies, ces portails monolithiques nous renvoient à une imagerie médicale analysant l'intérieur du corps au rayon X. L’aluminium brut s’oppose de façon aussi dérangeante qu’attrayante à la représentation habituellement chaude et humide que nous avons des organes et suggère une insensibilisation du corps face à l’adversité.



À l'aune d'une généalogie prématurément interrompue, chaque bas-relief devient une porte d'accès à la réflexion sur le refus du corps de subir le rôle primaire qui lui est assigné. En insérant le miroir dans ses installations et par fragments dans « U always hurt the one, U love the most » (2023) ou entièrement dans « I dissociate » (2023), Emma Passera permet au public d'intégrer l'œuvre par son reflet. Ainsi tourné.e.s à notre propre réflexion, nous sommes invité.e.s à repenser notre propre complicité à la perpétuation des idéologies qui conditionnent le corps.



Utilisant un vocabulaire singulier de l’objet et de la matière, fondé sur l'intuition autant que sur l’intention, le travail d’Emma Passera est chargé de références à l’histoire de l’art. Cheminant entre le ready-made sentimental, initié par Elsa von Freytag- Loringhoven, en passant par une abstraction organique et par une forme de minimalisme où transparence, monochromie et matériaux industriels se croisent; sa pratique rappelle le travail de l’artiste Laura Lamiel.

Emma Passera aborde des enjeux identitaires essentiels quoique jamais énoncés autrement que par la sculpture, à échelle politique, et pourtant toujours absolument personnelle, telle une poche de résistance lovée au cœur du système, plus implosive qu’explosive.

L’exposition « Unfold Anemia » fonctionne comme un espace disruptif dans un environnement considéré par l’artiste comme un ensemble d’assignations et de déterminations culturelles dont son œuvre doit lui permettre de s’affranchir. À travers cette incursion socio- psychologique, le processus de création devient un acte de guérison, de reconstruction et d'affirmation de soi, incitant par la même occasion le public à une réinvention individuelle et collective.



Texte : Maya Coline Vidgrain



vidéos

ITW - Emma Passera

Interview Emma Passera pour l'exposition UNFOLD ANEMIA

Mini Cart